Women in French Judiciary: 1946 Law Opens Doors, Now 72% of Magistrates
Summary
The French Ministry of Justice published an 80th anniversary retrospective on women gaining access to the judiciary. The law of 11 April 1946 officially opened the magistracy to women, who represented less than 1% that year (1 magistrate). By 2026, women constitute 72% of all magistrates in France, surpassing parity achieved in 2002. However, women hold only 43% of jurisdictional leadership positions, indicating persistent challenges in accessing top responsibilities.
What changed
The French Ministry of Justice published a commemorative article on 10 April 2026 marking 80 years since the 11 April 1946 law that opened the judicial profession to women in France. The article traces the progress from 1 woman magistrate in 1946 to 72% of the profession in 2026, noting that parity was reached in 2002. The Ministry highlights ongoing challenges, particularly that women occupy only 43% of jurisdictional leadership positions despite forming the majority of the judiciary. The Ministry references the signed professional equality agreement 2024-2026 and ongoing initiatives at the National Magistrate School (ENM) to address gender stereotypes and the 'glass ceiling' effect.
Affected parties include women in the French judiciary, judicial training institutions, and the Ministry of Justice's equality policy apparatus. The article does not create new legal obligations but documents historical progress and existing policy measures to achieve gender equality in judicial leadership. Legal professionals and government agencies should note this as regulatory context regarding gender equality policy in the French judiciary.
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Actualité
En 1946, la magistrature s’ouvre aux femmes : 80 ans d’histoire et de progrès
- Magistrats
- Égalité femmes-hommes Publié le 10 avril 2026
En 1946, la magistrature s’ouvre officiellement aux femmes. En moins d’un siècle, celles-ci sont devenues progressivement majoritaires dans la profession. Elles représentent aujourd’hui 72 % des magistrats en France. Quelles conséquences pour la Justice ? Quels sont les défis encore à relever ?
En 1960, première promotion du Centre national d’études judiciaires (CNEJ) devenu ENM en 1972 © ENM
Temps de lecture :
5 minutes
Magistrate : un nom de métier féminisé entré dans le langage courant. Impensable il y a encore un siècle ! Jusqu’au milieu du XXe siècle, en France, l’accès à la magistrature était interdit aux femmes alors qu’elles pouvaient exercer la médecine depuis 1881. « La justice, historiquement, était un domaine de pouvoir et d’autorité. Elle empruntait à des valeurs dites masculines, contrairement au soin. Mais le mouvement d’après-guerre va permettre aux femmes d’obtenir le droit de vote, d’accéder à certains métiers et de se débarrasser de cette étiquette « d’incapables majeures » que la société leur attribuait », éclaire Isabelle Raynaud-Gentil, magistrate et présidente de l’association Femmes de justice.
Une lente évolution jusqu’à la parité
La loi du 11 avril 1946 marque ainsi un tournant : elle ouvre officiellement les portes de la profession aux femmes. « Une porte physique, celle des palais de justice, mais aussi une porte symbolique : la parole légitime dans l’espace du droit. À présent, les femmes pourront requérir et juger au nom de la société », indique Charlotte Beluet, haute fonctionnaire à l’égalité femmes-hommes et à la diversité du ministère de la Justice.
Cet accès est obtenu grâce à leur ténacité, l’aide de quelques hommes et surtout des avocates qui avaient décroché leur propre « laisser-passer » dès 1900. Débute alors une longue et lente marche vers la parité… « Les femmes sont rentrées sur la pointe des pieds dans ce métier. En 1946, il n’y a qu’une femme magistrate en France. En 1953, on en compte 20. Il faut attendre les années 1980 pour avoir un effet de masse. Deux raisons à cela : la loi de 1958 qui crée un concours d’accès et offre donc plus d’égalité et l’ouverture de l’École nationale de la magistrature (ENM) en 1972, un « booster » pour les femmes », explique Isabelle Raynaud-Gentil.
0 % de femmes dans la magistrature en 1946
28 % de femmes dans la magistrature en 1980
50 % de femmes dans la magistrature en 2002
De la parité à la majorité
La bascule dans la parité se produit en 2002. Aujourd’hui, tous grades et fonctions confondus, la part des femmes dans la magistrature s’élève à près de 72 %. Paradoxalement, un inversement de tendance qui interroge. « Pour quelle raison cette féminisation inquiète quand il ne surprenait personne que nos fonctions soient exclusivement occupées par des hommes pendant des siècles ? Les femmes ne sont ni moins compétentes, ni moins investies que leurs collègues masculins, répond Aline Clérot, procureure au tribunal judiciaire de Cayenne. S'agissant du parquet, autorité de poursuite par excellence, et des fonctions de procureure de la République en particulier, j’ai à cœur de démontrer au quotidien que l'autorité et la fermeté ne sont pas l'apanage de la gent masculine. »
60 % de femmes dans la magistrature en 2010
63 % de femmes dans la magistrature en 2015
72 % de femmes dans la magistrature en 2026
Photo de la promotion 2026 de l’ENM © ENM
La justice a-t-elle un genre ?
Magistrates du siège (juges) ou du parquet (procureures), en juridiction ou en administration centrale, ces professionnelles de la justice exercent des missions variées : juger, poursuivre, protéger, encadrer… Un engagement quotidien au service des citoyens. En 80 ans, elles ont contribué à faire évoluer les pratiques au sein de l’institution judiciaire. De grandes avancées dans la société sont dues en grande partie à des femmes telles que Simone Veil, Gisèle Halimi ou Christiane Taubira… Mais existe-t-il une manière de rendre la justice propre aux femmes ? « Les magistrates et magistrats ont les mêmes missions et les mêmes responsabilités. Penser que l’exercice serait différent en fonction du genre reviendrait à confirmer des stéréotypes que la formation prodiguée à l’École nationale de la magistrature s’efforce de déconstruire », affirme Nathalie Roret, la directrice de l’ ENM, première femme à ce poste depuis la création de l’école en 1958. « La robe que nous portons est unisexe, rappelle de son côté Isabelle Raynaud-Gentil. Elle met à distance l’homme ou la femme. Celui-ci ou celle-ci ne s’efface pas totalement – la justice est humaine – mais il y a un équilibre à concevoir dans l’acte de juger entre notre humanité et notre impartialité ».
Des défis toujours d’actualité
Quatre-vingts ans après la loi du 11 avril, il n’en reste pas moins des inégalités, notamment pour l’accès aux plus hautes responsabilités. Ainsi, les femmes occupent 43 % des postes de chefs de juridiction en 2026. Cette proportion progresse mais pas aussi vite que la féminisation du corps judiciaire. Difficile de se projeter lorsque les modèles d’identification sont majoritairement masculins. Difficile de combattre le schéma traditionnel où la femme est au centre de la vie familiale et doit faire des choix de vie. Mais rien d’impossible et le ministère de la Justice s’y emploie.
Comment briser le plafond de verre ?
« Nous essayons déjà de mettre en place une politique « d’aller vers ». On va chercher les femmes et on leur dit qu’elles sont légitimes. Nous faisons également des focus sur des procureures, des présidentes de juridiction. Des magistrates ont aussi exhumé de grandes figures féminines comme Charlotte Béquignon-Lagarde, qui ont ouvert le chemin aux autres », indique Charlotte Beluet.
Plus largement, le ministère a signé un accord sur l’égalité professionnelle 2024-2026. « Le but est notamment de prendre conscience qu’on a tous des stéréotypes genrés qui impactent le recrutement, la mobilité, la promotion et faire en sorte de traiter tout le monde de la même façon. On y aborde également l’équilibre vie personnelle et professionnelle et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles », présente Charlotte Beluet.
Des actions dès la formation
D’autres actions concrètes peuvent être citées. À l’ENM, « des magistrats, des responsables d’association ou des psychologues enseignent aux auditrices et auditeurs de justice à distinguer les biais cognitifs et les stéréotypes de genre. En formation continue, les magistrats en exercice suivent des sessions dédiées comme « Stratégie et outils RH au service de l'égalité professionnelle » qui vise notamment à atteindre l’égalité professionnelle en favorisant une culture managériale inclusive au sein des juridictions », indique Nathalie Roret. De son côté, l’association – mixte – Femmes de justice travaille sur les modèles identificatoires et l’autocensure en proposant coaching, mentorat, ateliers de développement, rencontres « pour aider les femmes à s’envisager dans un avenir ambitieux ».
Alors, osez !
Finalement, femmes comme hommes, la Justice a besoin de tous, à tous les postes. Un message à faire passer dès le lycée. « Votre genre, votre origine ou votre parcours ne doivent pas freiner vos ambitions : la magistrature et le service public ont besoin de vos talents pour servir la société », encourage Nathalie Roret. Un conseil appuyé par Aline Clérot : « Ne limitez pas vos ambitions et faites-vous confiance ».
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Des femmes d'exception
Qui sont les pionnières de la magistrature en France ? En voici quelques-unes qui ont contribué à écrire son histoire.
- Charlotte Béquignon-Lagarde: première femme magistrate, installée à la Cour de cassation en 1946
- Michèle Giannotti, première femme nommée présidente d'un tribunal en 1970
- Suzanne Challe: première femme nommée première présidente de cour d’appel en 1978, à Nîmes
- Nicole Pradain: première femme nommée procureure générale en 1981, à la cour d’appel de Riom
- Simone Rozès: première femme nommée première présidente de la Cour de cassation en 1984
- Nathalie Roret: première directrice de l’École nationale de la magistrature (ENM), en poste depuis 2020
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